Questions / Réponses

Entretien avec Nicolas Robel et Mathieu Christe, publié dans le guide de l’exposition “Made in Genève, livres d’artiste et leurs éditeurs-créateurs genevois”, Bibliothèque d’art et d’archéologie, 7 novembre 2011 – 31 mai 2012.

B.ü.L.b comix est une maison d’édition d’art séquentiel indépendante, fondée en 1997 après un premier essai éditorial concluant, une année auparavant. Depuis, les livres sortent alors que l’argent entre, avec les ventes comme unique source de revenus.
Notre maison d’édition est à but non lucratif, nous ne nous payons pas et nous ne rémunérons pas nos auteurs avec de l’argent. Un troc: des livres, bien imprimés, toujours en Suisse, presque toujours “Made in Genève” un savoir-faire et de l’amour.

Quel est votre livre préféré dans votre production? Pourquoi?

Mathieu Christe: “King-Cat collection” de John Porcellino car il incarne l’esprit DIY (do it yourself) et la ténacité humble d’un auteur éditeur qui photocopie son fanzine depuis plus de vingt ans.
Nicolas Robel: Fuc(k) de Ron Régé Jr. parce qu’il reprend le même esprit que le livre de John Porcellino mais avec une dose de construction de récit bien particulier.

Quel livre vous a inspiré ou motivé dans votre vocation?

Mathieu Christe: “It’s a good like if you don’t weaken” recueil de comics de la série “Palookaville”, Seth, Drawn & Quarterly.
Nicolas Robel: “Buster Brown” de Richard F. Outcault chez Pierre Horay édition, offert par ma grande tante lorsque j’avais 6 ans.

Un événement, une rencontre qui, provoquant un déclic, vous a conduit dans la voie de l’édition?

La création et l’effervescence du mouvement musical hardcore aux Etats-Unis dans les années quatre-vingt, le straight edge et l’esprit punk DIY.

Quel livre (n’importe lequel) auriez-vous aimé éditer? Pourquoi?

Mathieu Christe: “Teratoid Heights” de Mat Brinkman, Highwater Books, USA, 2003. J’adore le trait, l’univers et la faculté narrative de scènes, ou plutôt d’errances, qui laisse des impressions étranges.
Nicolas Robel: « Les contes pour enfants pas sages » de Jacques Prévert. Parce que l’édition Folio ne lui rend pas justice.

Un artiste que vous admirez et avec lequel vous aimeriez collaborer?

Mathieu Christe: Yuichi Yokoyama
Nicolas Robel: Jockum Nordström

Lorsque vous travaillez avec un artiste dans le cadre de votre maison d’édition, l’artiste a-t-il entièrement carte blanche ou des contraintes lui sont-elles imposées? (format du livre, nb de pages, ill. en couleur ou non, etc.)?

A l’occasion d’une discussion préalable avec l’auteur, une direction est prise ensemble avec les contraintes des collections, leur ligne éditoriale et leur graphisme affirmé. Nous sommes convaincus qu’un bon projet éditorial est une somme d’envies communes, d’affirmations contradictoires, de retenues et une bonne dose de conviction et de savoir-faire.

Pour votre maison d’édition, choisissez-vous les artistes d’après une certaine esthétique (aspect graphique, conceptuel, minimaliste, etc.) ou êtes-vous ouvert à tous les courants artistiques?

Tant que la forme nous stimule et qu’elle s’impose comme support à une narration sensible qui exprime une singularité personnelle, l’ouverture est au rendez-vous.

Les débats sur l’art contemporain (relations collectionneurs/artistes, art comme investissement, etc.) vous paraissent-ils oiseux / nécessaires / justifiés / inutiles / réactionnaires?

Nécessaires

Comment vous qualifiez-vous et comment expliquez-vous votre métier?

Editeur total et indépendant qui tente de faire rayonner les contraintes.

Comment voyez-vous l’avenir de l’édition (papier, numérique, autre)?

Une production papier plus raffinée pour un public sensible et un complément numérique qui ne cherche pas à reproduire l’imprimé, mais plutôt à ouvrir des pistes nouvelles.

Quelles sont vos relations avec les écoles, les étudiants et l’éducation?

Nous participons parfois à des workshops et échangeons sur notre pratique avec des étudiants principalement à l’occasion de rencontres lors de festivals et salons.

Quelles sont vos relations avec les institutions cantonales ou de la Ville de Genève. Recevez-vous des subventions? Pourquoi?

Aucune subvention n’a été perçue depuis 1996, date de création. Depuis une mise initiale unique de l’éditeur, notre but non lucratif nourrit une production de livres raisonnable (ratio délicat entre le tirage, le coût d’un livre et les finances disponibles).

Quelles sont vos relations avec les éditeurs genevois ou d’ailleurs? Quelles sont vos collaborations?

Nous échangeons avec certains, ceux qui résistent à nos leçons de morale ou qui vont dans le sens de nos convictions. Les rencontres se font au gré de nos affinités.

Travaillez-vous avec des artistes ou des collègues de la région proche? de la Suisse? de l’Europe? Ou d’ailleurs?

Nos auteurs, plus de cent, viennent du monde entier avec une sélection très genevoise au commencement.

Quelle est votre oeuvre d’art genevoise préférée (livre, peinture, sculpture, installation, etc.)? Si oui, pour quelles raisons vous tient-elle particulièrement à coeur?

Mathieu Christe: Le label Miracol© et la production de disques en colle de Frédéric Post qui touche à la musique, au bricolage, aux multiples de type “bootleg” analogique.
Nicolas Robel: les frères Chapuisat pour leur approche bûcherons sensibles et polymorphes de Founex.

Vos projets d’avenir?

Finir en beauté une fois le compte à rebours de l’alphabète terminé, à savoir deux 2wBOX (Set Y + Set Z, collection 2[w]), deux livres dans la collection 25[w] et un carnet de croquis augmenté dans la collection X[w].

Un message à faire passer?

Do it yourself dude!

Un coup de coeur?

Mathieu Christe: “Added New Protection / Bricked Castles” (Lasermagazin #26), Beni Bishof, autopublié, 2008
Nicolas Robel: “I swear I use no art at all”, Joost Grootens, 010 Publishers, 2010

Un coup de gueule?

La Joie de lire