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La 2[w] Box fait bande à part

Maxime Pégatoquet, hiver 2003–2004
Rendez-vous magazine nº 1

D’un simple pliage, le Genevois Nicolas Robel repousse les codes narratifs de la bande dessinée. A l’occasion de la sortie du volume L de la plus petite collection BD du monde, retour sur une série qui regroupe la crème de l’illustration internationale.

Dans le monde des boîtes à secrets, il y a la boîte noire, révélatrice des secrets de vols aéronautiques, la malle à mémé qui regorge de souvenirs familiaux. Il faut y rajouter la 2[w] (2 watts) Box. Une petite boîte en carton rugueux, à peine plus volumineuse que celle d’allumettes. A l’intérieur, cinq bandes dessinées y sont tassées en bichromie, chacune ceinturée d’un élastique. «Ça se dépaquète comme un cadeau, quasi avec un rapport érotique», explique Nicolas Robel, éditeur de l’objet.
La 2[w] est la plus petite bande dessinée du monde. Une bande au pliage en accordéon qui permet des sens de lecture multiples. Qui, l’espace d’un dépliage, peut offrir une succession de tableaux, une fresque littéraire, une lecture en boucle ou un récit linéaire.
Ma petite entreprise avec une petite soixantaine d’artistes au compteur, le concept se révèle être une anthologie personnelle d’illustrations contemporaines, pyramide-bibliothèque dont chaque boîte est comme un bloc de papier apporté à l’édifice. A la différence d’un livre-monstre telle Comix 2000 qu’avait publié L’Association au moment du passage au troisième millénaire et qui regroupait 324 auteurs, l’oeuvre de Nicolas Robel, plus modeste mais pas moins signifiante, est un work in progress, bestiaire ou best of évolutif au gré de ses goûts.
Depuis 1996, deux séries sortent régulièrement par année. Classées alphabétiquement, la L sort en décembre. «En créant cet objet, il n’était pas question de faire des économies, mais de trouver un système qui pourrait redéfinir les codes narratifs de la BD. Mais j’aime aussi l’idée qu’on puisse faire un livre sans agrafes ni colle», raconte-t-il. La 2[w] comme emblème d’un do it yourself maison où l’on passe ses soirées à plier, élastiquer, emboîter.
«L’envie était de proposer un produit unique, impossible à répéter-dupliquer par un autre éditeur», poursuit-il. Mais si la 2[w] est à prendre comme une friche d’expérimentation, elle est aussi l’objet paroxystique d’un éditeur qui fait ainsi converger son goût pour le livre d’art, l’illustration (lire l’encadré) et qui lui permet d’intégrer des auteurs tirés de ses lectures adolescentes comme Archer Prewitt, John Porcellino ou Ron Rege Jr. Points de repère et moteurs d’existence d’un gamin fasciné par les univers: «Je suis évidemment sensible au dessin, mais j’aime bien qu’on me raconte une histoire.»
Bande dessinée militante dans une édition – B.ü.L.b comix pour bandes dessinées ütopiques à lire dans son bain – qui comprend des livres plus «formatés», la 2[w], tirée de 600 à 800 exemplaires, est le symbole de cette utopie. Faire découvrir des auteurs peu connus, voire anticommerciaux. S’il n’y a pas de prise de position politique dans ces récits, mais plutôt «un esprit de poésie plus ou moins brut», on peut y voir un acte culturel fort. Presque une forme de suicide commercial, impression à peine atténuée par le fait que le logo de son édition est une ampoule. Et une ampoule pour une BD à lire dans son bain, ça fait Clo-Clo. «Tiens, je n’y avais pas pensé», s’amuse-t-il.
Dans ses choix, on retrouve la crème de l’illustration actuelle (le collectif belge Fréon, Jochen Gerner, Marc Boutavant ou Stéphane Blanquet). et une importante contribution d’auteurs suisses (de Frederik Peeters à Pierre Wazem, de Noyau à Isabelle Pralong). mais tempère-t-il, «je ne me sens pas le défenseur d’une scène quelconque. Si j’aime bien, j’édite, sinon pas. Cela ne va pas plus loin.» Et si beaucoup ne connaissent pas encore le travail de cette entreprise, l’éclairage viendra avec la participation, agendée au volume M, de Chris Ware (Jimmy Corrigan, Ed. Delcourt, Alph’Art 2003 pour le meilleur album au Festival d’Angoulême) pape américain de la bande dessinée-objet et dessinateur millimétrique.
S’il y met de la préciosité maniaque dans l’attachement à la confection, Nicolas Robel ne veut pas pour autant déclencher d’effet collector. Ainsi, il ne réédite pas ses ouvrages. «Je suis content de les avoir pensés d’une certaine manière. Alors plutôt que de revenir sur quelque chose d’abouti, je préfère me concentrer sur un projet neuf.» Dans le même ordre d’idées, il refuse de crouler sous une tyrannie commerciale: «Je ne veux pas entrer dans un système où une sortie annule et remplace la précédente, il n’y a pas de Migros data sur mes bouquins.»
La 2[w] Box se trouve au Musée d’art moderne de Chicago. Mais aussi dans toutes les bonnes librairies.
Robel ce polymorphe éditeur, Nicolas Robel, est aussi auteur. Son dernier ouvrage, 81 blvd des Capucines (Ed. de la Pastèque), débute par une visite d’appartement. Mais peu importe le cadre dans «l’oeuvre» car ce qui compte est l’exploration de la mémoire, le questionnement des rapports humains, le fait de trouver sa juste place au sein de la société. Alors qu’lsrine se retrouve soudain frigorifiée et recroquevillée dans un coin dudit appart, elle bascule dans le souvenir. Le prétexte à des réminiscences enfouies et refoulées (la séparation des parents, la disparition d’une soeur) qui permettent de construire et comprendre une personnalité.

Né à Québec en 1974 avant de grandir à Genève, Nicolas Robel est graphiste indépendant. Dessinateur dès qu’il trouve un coin de temps, son univers fait une large part à l’autobiographie. Dans Joseph, il mettait en scène l’histoire d’un gamin aux trop grandes mains, l’occasion de parler de la différence et de la tolérance envers autrui; dans Fallen Angel (Ed. Cornélius), il explorait le sentiment amoureux; dans Le tigre bleu (Ed. La Joie de Lire), il parlait de la difficulté d’être à travers un garçon vivant par le prisme de ses marionnettes.