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B.ü.L.b comix

Xavier Guilbert, 14 janvier 2014
du9, du9, entretiens

Après dix-sept ans de bons et loyaux services, les suisses de B.ü.L.b comix viennent de mettre un point final à leur aventure éditoriale. En point d'orgue, la vingt-sixième et donc ultime boîte 2wBOX «Z» (exceptionnellement en quadrichromie), bouclant la boucle débutée en 1997 à l'autre bout de l'alphabet, avec ce qui est sans aucun doute leur publication la plus emblématique.


Dans un contexte difficile où l’on voit divers éditeurs (grands et petits) rencontrer de mauvaises passes, il était intrigant d’explorer plus loin ce qui est revendiqué comme «un choix et non une fatalité», pour une structure qui s’est toujours tenue à trois grands principes affirmés dans son manifeste: pas d’investissement extérieur (les ventes des livres publiés finançant les projets à venir), pas de réimpression, et une production intégralement réalisée en Suisse.

XAVIER GUILBERT: Quand a été prise cette décision de tout arrêter?

NICOLAS ROBEL: Environ à la moitié du chemin, mais ce n’était pas encore des plus clairs comme décision. Passé les dix ans, nous avons établi un premier bilan, très positif dans l’ensemble et au fur et à mesure des autres projets qui prenaient de plus en plus de place et du temps que nous avions à disposition qui rétrécissait de plus en plus, nous avons décidé de maîtriser notre sortie de scène bien que nous insistons sur le fait que tous les livres disponibles continueront d’être diffusés et promus par nos soins. Nous n’éditerons plus de nouveaux projets sous le label B.ü.L.b comix mais nous assurerons plus que jamais le fond que nous avons toujours défendu contre vents et marées depuis le début de cette aventure.

XAVIER GUILBERT: Une décision plus philosophique que pour raison économique, semble-t-il, si j’en crois ce qu’il y a d’indiqué sur le site.

NICOLAS ROBEL: Effectivement, c’est une façon de soigner le style. Nous sommes des maniaques et nous en avons trouvé le moyen d’en faire nos métiers. C’était soit l’asile, soit cette quintuple casquette de graphistes, illustrateur, faiseur de livres, éditeur, typographe qui nous maintient dans un état de stabilité plus ou moins sain. Afin de respecter notre côté intègre et jusqu’au-boutiste, nous avons opté pour la meilleure option.

XAVIER GUILBERT: Dans l’entretien avec Collection, tu dis que «Programmer sa fin, plutôt que de la subir, s’est imposé comme un salut.» En lisant cela, surgit la question de la motivation, bien sûr, mais peut-être aussi (en creux) les limites d’une structure bénévole, dont l’implication finit toujours par s’user (et qu’une fin désormais identifiée permettrait de relancer pour un ultime galop)?

NICOLAS ROBEL: On peut le voir comme ça, mais à lire tes questions, on a l’impression que tu essaies de trouver une faille à notre système (sourire). Il était question de sortir en plus de la 2[w]BOX set Z, deux titres supplémentaires à la collection 25[w] et un titre à la collection X[w], mais il est vrai que malgré mon caractère plutôt frondeur, j’ai dû me rebiffer sur mes objectifs initiaux. Au vu des nouveaux projets que je souhaitais entreprendre pour un nouveau projet d’édition et surtout pour ne plus repousser dans les limbes mes projets personnels de livres et d’illustration.
Nous aurions bien voulu sortir un livre avec mon grand frère, Xavier Robel du collectif Elvis, mais bien que le projet était bien avancé, j’ai décidé d’arrêter le processus en cours pour des complications de fonctionnement entre mon frère et moi. Le projet s’annonçait novateur, mais afin d’être raisonnable, j’ai préféré ne pas aller jusqu’au bout. J’avais déjà tenté le coup avec mon frère en 1998, mais sans succès. J’ai quitté Elvis studio que j’avais alors créé avec Xavier et Helge Reumann pour les mêmes incompatibilités.
Le côté positif, c’est la création de la B.ü.L.b factory, de l’atelier de graphisme et ma rencontre alors avec Mathieu afin d’entreprendre d’autres chantiers.

XAVIER GUILBERT: Avez-vous quand même connu des difficultés économiques, vu qu’Atrabile (pour évoquer un autre éditeur suisse) ne va pas très bien?

NICOLAS ROBEL: Les fondamentaux mis en place dès la création des éditions B.ü.L.b comix, nous ont permis d’éviter toutes situations désagréables liées à une éventuelle débandade économique. Le système économique mis en place, rigoureux et réaliste, se voulait anti-crédit et anti-faillite, basée sur la fabrication de nos livres payés sur les avoirs disponibles et non le contraire. Bien entendu, nous ne nous sommes pas lancés dans un livre de 1000 pages en quadrichromie en nous lamentant de ne pas pouvoir réunir tous les fonds nécessaires à sa réalisation.
Nous sommes peut-être un peu trop réalistes. Mais pragmatisme et folie éditoriale, au vu de notre catalogue; entre des livres-objets lilliputiens, les 2[w], à la lente et minutieuse manutention (plus de 327 600 manipulations à ce jour, effectuées par nos soins), à des projets de facture plus «classique», les 25[w] ou 40[w], mais dont la majorité des couvertures entre 400 et 1200 exemplaires ont été sérigraphiés par ces mêmes mains ou l’élaboration d’un skateboard, issue de la collection hors format X[w], dont l’objet fait en Suisse, comme l’ensemble de nos livres, sont tout autant de paris éditoriaux réalistes, mais hors normes qui caractérisent alors bien l’état d’esprit qui nous a motivés et nous motive depuis bientôt dix-sept ans.

XAVIER GUILBERT: Comment cohabite ce genre de décision avec ce qui fait, au départ, la motivation d’un éditeur (à savoir, publier des auteurs)?

NICOLAS ROBEL: Nous pensons qu’avec plus de 120 auteurs publiés et triés consciencieusement, nous avons atteint le but que nous nous étions donné, à savoir se fixer une ligne de conduite, construire une sorte de radeau éditorial complètement utopique et indépendant et inviter des auteurs, illustrateurs et artistes dont le travail nous touche. Il semble que nous avons été cohérents avec le concept initial.

XAVIER GUILBERT: Arrive-t-il un moment où cette motivation s’épuise?

NICOLAS ROBEL: On ne va pas se voiler la face ni utiliser de langue de bois, ces moments arrivent par intervalles réguliers. Mais comme nous avons toujours quelque chose à faire et que nous n’avons pas trop de penchant alcoolisé ou psychotrope, et que le plus que douteux adage «le travail c’est la santé», dans ses paradoxes nous convenait, nous avons et nous trouvons le moyen de rester motivé pour l’ensemble de nos projets. Lorsque nous avons évoqué notre compte à rebours de sortie et que l’inévitable se rapprochait, nous avions et avons toujours un public ou des journalistes qui nous posent la même question: «Mais, mais qu’allez-vous faire maintenant?». Nous, on rigole bien, on esquisse ensuite un sourire plus contenu et on rassure tout ce beau monde sur notre intacte motivation et notre souci du travail «bien fait». Nous rappelons ensuite qu’il nous a fallu dix-sept ans pour atteindre une sorte de finalité à l’un de nos projets et qu’il est important de garder à l’esprit les autres projets dans lesquels nous nous sommes également engagés et ceux en gestation.

XAVIER GUILBERT: Y-aurait-il aussi la satisfaction d’avoir réussi à réaliser tous ses rêves d’éditeurs (et vu la liste des auteurs que vous avez publiés dans vos petites boites, on serait tout-à-fait prêt à le croire)?

NICOLAS ROBEL: Exact.

XAVIER GUILBERT: Faut-il évoquer le monde qui change, allant à l’opposé des jolis objets préparés à la main, qui appellent tous les sens?

NICOLAS ROBEL: Oui et non. Oui le monde change, non pas dans le bon sens, oui les mentalités ont la corne des pieds dure, non, nous ne céderons pas à une obsolescence programmée des «belles choses» et non au galvaudage de ce terme que nous défendons. Bien que repris par l’industrie du luxe, qui nous le voyons bien en terme de design et d’imprimés, nous présente des objets sans imagination; mannequins sans âmes, petits soldats à la solde du dictat des «grandes» marques qui puisent autant dans les feux de Bengale de la féérie Disney que dans son esthétique douteuse. De la grande couture, conçue à Paris, dessinée à Marrakech et réalisée à la main à Tanpai. Tout un voyage.

XAVIER GUILBERT: Vous parlez du fait de tenir jusqu’à épuisement des stocks. Et après? Ne restera que le site web? (ce qui serait un peu paradoxal, pour un éditeur aussi porté sur le livre-objet — un site qui, par ailleurs, est également un bel objet)

NICOLAS ROBEL: Merci pour le compliment. Nous sommes contents du site également qui tient bien le coup malgré une mise en ligne qui date de 2007, tout de même. L’idée a été dès le début de la conception du site, de pouvoir proposer une vraie archive archi-complète de toute l’aventure «B.ü.L.b comix».
Il est vrai que l’on pourrait ressentir un certain paradoxe, mais si l’on y regarde de plus près et dans les détails, nous pouvons entrevoir à travers le site le même souci du détail jusqu’au-boutiste que dans nos réalisations sur papier. Les schémas de production sont dessinés pixel par pixel, le site est illustré avec plus de 800 images, légendées consciencieusement une par une.
Le site sera courant 2014 mis à jour pour une visualisation plus conforme aux nouveaux terminaux de type téléphone «intelligent» et autres tablettes ainsi qu’une traduction complète en anglais.

XAVIER GUILBERT: La collection 15[w] ne verra donc pas le jour. Sur le site, sa présentation évoque qu’elle aurait été «imaginée trop tôt, réalisée trop tard». J’imagine que c’est quand même un regret par rapport à votre projet. Y en a-t-il d’autres?

NICOLAS ROBEL: Petit regret, mais pas du tout de traumatisme, car si tu suis l’ensemble de mes activités en solo ou avec mon collègue Mathieu, je ne suis pas en reste d’expériences créatives. Une partie de l’idée novatrice de reliure des 15[w] a été redirigée sur le dernier catalogue de 2011. Cette astuce, inspirée de pliages japonais, était alors adaptée au tirage limité des 15[w] de 150 exemplaires, prévu en sérigraphie. Mais nous avons décidé de ne pas être chiches sur ce coup et nous avons alors appliqué le principe manuel sur plus de 4000 catalogues.

XAVIER GUILBERT: Cela marque-t-il la fin d’un cycle, parce que finalement, il est toujours question d’une aventure humaine?

NICOLAS ROBEL: Comme nous l’avons évoqué précédemment, nous avons pris soin du rapport privilégié que nous avons avec nos 127 auteurs, en gardant le contact, et en nous efforçant de maintenir à jour les informations et actualités à propos de tous les livres édités. Notre site internet, lancé en 2007, en est le garant digital. Lors d’une conférence que nous avons donnée à Varsovie autour du design du livre d’art, nous avons évoqué le parcours éditorial, mais aussi économique et humain de notre petite structure. Un grand débat s’en est suivi sur le subventionnement de la culture et le paradoxe qui en découle face aux nombres de structures indépendantes qui dépendent malgré tout d’un soutien soit privé ou étatique. Notre position est claire depuis le début, mais ces choix radicaux, ne plaisent pas à tout le monde, surtout lorsqu’il est question de subvenir à ses besoins et c’est bien sur ce point que les réfractaires à notre «essai éditorial» tiquent le plus.
Mais que veut exactement dire «subvenir à ses besoins», au sens purement économique ou au sens philosophique et dont l’intégrité «morale» se voit être intimement liée avec son processus de fonctionnement. En tant qu’auteur indépendant et non pourvoyeur de «best-sellers», il m’est difficile de subvenir à mes besoins, qui ne sont pas les mêmes que mon collègue et encore très différent d’autres «auteurs» qui vivent dans d’autres conditions, un autre pays, avec d’autres contraintes, mais d’autres avantages que ceux proposés par la Suisse qui n’est pas réputés d’être le pays le plus social du monde. On y vit bien, mais avec une quantité de contraintes économiques non négligeables pour toutes personnes n’ayant pas choisi des métiers rapidement «rentables» telles qu’auteurs, illustrateurs, graphistes ou typographes.
Nous entretenons de multiples rapports avec nos multiples activités. Le public et les «scènes» n’étant pas les mêmes entre le «gang» des concepteurs de lettre face à la «clique» des illustrateurs ou le «clan» des graphistes. Bien qu’à notre plus grand bonheur, il semble qu’une sorte d’accord de Schengen, rendant ces «frontières» plus perméables et permettant une meilleure circulation de ces tribus de l’une à l’autre, se concrétise de plus en plus. Les étudiants décomplexés semblent s’emparer, par le biais des multiples «masters» qu’ils leur sont proposés par les établissements scolaires spécialisés, de cette mode d’un passage d’une pratique à l’autre. Bien qu’à première vue et à distance, tout ce beau monde de barbus stylés et de fille à lunettes épaisses semble s’exprimer pleinement, avec le recul et notre expérience, tel les deux vieux du balcon du Muppet Show, nous ne sommes pas dupe et une certaine tromperie. A y voir de plus près, nous nous éloignons de plus en plus de ce qui nous fait vibrer, un travail d’artisans, investi, modeste, indépendant et intègre.

XAVIER GUILBERT: Pour finir, je trouve intéressant que la collection 2[w] soit devenue véritablement emblématique. Parce que c’est une collection «carrefour», si je puis dire, alors que beaucoup d’éditeurs ont une approche qui viserait plus ou moins à capitaliser sur des auteurs «maison». En fait, j’ai l’impression en regardant votre catalogue, qu’il y a véritablement eu une volonté d’être passeur.

NICOLAS ROBEL: Comme quoi, les bonnes choses prennent du temps, mais le temps nous donnera raison. C’est bel et bien dans cet état d’esprit que tout projet est abordé par la B.ü.L.b factory. Le thème de passeur nous sied bien et nous conforte même dans la voie que nous avons choisie.
Il a fallu du temps et il en faut encore pour faire comprendre aux lecteurs ou publics, la multiplicité et la complémentarité de nos activités et de notre démarche, mais nous sommes motivés, avec certes plus de maturité, face à nos nouveaux défis.

[Entretien réalisé par email durant le mois de décembre 2013]