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Nicolas Robel, Empire de papier

Cécile Dalla Torre, samedi 3 janvier 2014
Le Courrier, scène, culture

LIVRE Après l’aventure inédite de B.ü.L.b comix, l’éditeur indépendant marque les dix ans de la compagnie de danse 7273. L’occasion d’un premier
«guide détourné» paru dans sa nouvelle série bülbooks.

Sa première «vraie» expérimentation aura duré dix-sept ans. Cent vingt-cinq auteurs du monde entier publiés, septante-cinq éditions parues. Chacune a son histoire. «J’ai fait un premier livre avec le bédéiste Alex Baladi, tiré à 126 exemplaires. Le soir du vernissage, tous ceux destinés à la vente étaient partis.» Si Nicolas Robel a décidé de mettre aujourd’hui un terme à B.ü.L.b comix, ce n’est pas tout à fait qu’il ait tiré un trait sur sa passion et son activité d’éditeur indépendant à but non lucratif. Bien au contraire. Il a certes mis de côté la bande dessinée et ses séries inédites de «boîtes» en papier pliées à la main, mais ses nouvelles éditions bülbooks n’ont sans doute pas fini de faire parler d’elles. Pour nous présenter le tout premier-né de la collection de «guides détournés», paru cet automne, son concepteur nous donne rendez-vous de bon matin dans un café genevois.
Nicolas Robel arrive à vélo, avec l’allure sportive d’un jeune quadra qui en paraît vingt de moins. En publiant un ouvrage consacré à la danse, il en aura étonné plus d’un. Mais à l’observer de plus près, son Multi styles FuittFuitt, initié par Laurence Yadi et Nicolas Cantillon à la tête de la Cie 7273, est aussi et surtout un petit bijou (choré)graphique et ludique, dans la lignée des précédentes parutions, dont Nicolas Robel, punk dans l’âme – mais sans la crête, précise-t-il –, nous livre quelques secrets.

MOTEUR À IDÉES
Un guide de danse aurait-il tout du livre impossible à faire? A l’impossible, Nicolas Robel ne semble jamais tenu. Quand Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, qui connaissaient son travail avec B.ü.L.b comix, sont venus le trouver dans l’idée de concevoir un livre commémoratif sur les dix ans de leur compagnie genevoise, l’éditeur planchait déjà sur le concept de «guide pratique». Il s’était donné un peu plus de temps qu’un an et demi pour sortir le premier opus. Mais mettre les bouchées doubles et cumuler les tâches, le diplômé de la Haute école d’arts appliqués de Genève (ex-Head), catapulté graphiste stagiaire du Mamco lors de sa première année d’études, en a l’habitude.
Un trait de caractère même franchement ancré dans son tempérament d’intrépide, qui s’avoue un côté «hyperactif» et maniaque. «Control freak» le surnommait son père. «J’ai dû me faire à l’idée que je ne pouvais pas tout faire», lâche-t-il au détour de la conversation qu’il ponctue d’une première anecdote, parmi de nombreuses, sur les chemins de l’enfance. «Il faut éteindre ton cerveau», lui disait jadis ce père, professeur d’histoire de l’art, pour trouver une voie vers l’endormissement. «Et s’il ne se rallume pas?», craignait l’enfant déjà plein d’idées, qui méprisait le sommeil.

TRAVAIL D’ORFÈVRE
«Un moteur à idées», c’est un peu comme cela que se définit Nicolas Robel, à qui ce père canadien de Vancouver apprenait très tôt, ainsi qu’à son frère, à «couper des arbres à la hache, planter des clous en une seule fois, faire des tentes en branchages». De sa mère, traductrice, née de la bourgeoisie genevoise, décédée il y a une vingtaine d’années, il garde aussi le goût des livres et le souvenir de ce petit «Buster Brown» malicieux, dessiné par Richard Outcault. Mais ses influences littéraires et illustrées sont multiples et variées, à l’image de ses origines. «Mon père m’a élevé en me racontant des histoires d’Indiens.» Il y aussi celles qui défilaient dans sa tête lorsque sa grand-tante genevoise en enregistrait pour les aveugles.
Avec un guide intitulé Bien lire et aimer lire, qu’il pose délicatement sur la table du bistrot, sa mère l’avait aussi initié au plaisir des lettres et des mots. Le graphiste avisé, dont les revenus sont tirés de ses activités indépendantes au sein de B.ü.L.b grafix, en explicite sous nos yeux les moindres détails. Avec une passion non dissimulée, il nous décrit aussi précisément ce vieux guide des années 1960, «l’âge d’or du Guide Michelin, caréné pour la boîte à gants», qu’il vient de retrouver dans les affaires de son grand-père. «Un travail d’orfèvre, tout en bichromie, noir et rouge», que son œil d’expert apprécie surtout pour le style, sans aucun signe ostentatoire de sophistication, et qui contient même des cours de géologie. Et puis il y a aussi ce petit Guide Thilo du Scout suisse – ce qu’il n’était pas –, qu’il sort de son sac à dos.

PART D’OVNI
Autant de références qui viennent se greffer aux manuels des Castors Juniors et autres sources d’inspiration formelle que l’on retrouve en filigrane dans ce nouveau manuel de danse. «C’est un livre qui ne se lit pas de façon linéaire. Au début, il y a une part d’ovni. Plus on le feuillette, plus on en découvre ses portes secrètes.» Comme ce texte en arabe, ou cet autre texte en chinois, qui n’ont pas leur équivalent en français. Ou encore ces images détournées de Beyrouth, où se sont connus Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, couple à la ville comme à la scène qui a développé son style de danse propre influencé par un mouvement orientaliste continu – le fameux «Multi styles FuittFuitt» qu’on peut désormais pratiquer avec son guide. «La danse n’a pas de frontières», glisse Nicolas Robel, déterminé à éliminer de l’ouvrage toute trace de formatage. «Comme ils ont beaucoup tourné un peu partout, ils souhaitaient une carte du monde avec le nom des villes où ils se sont produits. C’est ce qu’on a fait, mais sans carte! J’ai aimé glisser aussi leurs petites phrases poétiques dans des notes – ‘La vis-aller est souvent sans retour’.»
Lorsqu’il démarre son aventure éditoriale en 1997, l’avènement du multimédia a sonné, mais Nicolas Robel aime prendre le contre-pied. Son ère à lui est celle d’un savoir-faire artisanal, minutieux et rigoureux. «J’avais envie de revenir aux cabanes de mon enfance, de prouver qu’avec plein de bidouilles Do-it-yourself, on pouvait faire des livres avec des auteurs de qualité», résume ce dessinateur et musicien autodidacte qui n’a jamais lâché son crayon ni sa batterie. «On était dans une espèce de purgatoire – l’idée me plaît d’ailleurs bien – entre le livre-objet et le livre d’art.»
Depuis lors, sa charte n’a pas changé, ses livres sont toujours fabriqués en Suisse, aucun n’est mis au pilon. L’esprit d’ouverture que lui ont inculqué ses parents continue de souffler chez bülbooks. Prochain guide en vue: le sien ou plutôt un guide de graphisme déguisé en manuel de tennis de table, à paraître sans doute d’ici un an et demi. Les échanges de ping-pong promettent d’évoquer métaphoriquement ou non les relations avec le client. Celui qui démarrait l’auto-édition pour publier les livres des autres va enfin parler de lui, ou de ses métiers. Pour l’instant, il dévore La Trahison des éditeurs, ouvrage au vitriol sur l’édition littéraire en France. On attend la suite…

Multi styles FuittFuitt, Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, bülbooks, Genève, 2014, 72 pp., www.bulbooks.ch, www.cie7273.com