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Les Editions B.ü.L.b comix, ces ampoules éternelles

Caroline Toussaint, samedi 13 mai 2017
Le Temps, weekend

La maison d’édition indépendante genevoise, spécialisée en bande dessinée, fête ses vingt ans d’existence. Même s’ils ne publient plus de nouveaux ouvrages, les deux éditeurs, Nicolas Robel et Mathieu Christe, continuent de promouvoir leur travail

«Je crois que mes premières expériences en matière d’édition datent de quand j’étais gamin. Mon grandpère était notaire et dans son bureau, je trouvais toutes sortes d’encres et de belles plumes. J’écrivais de faux contrats, que je marquais avec ses tampons.» Nicolas Robel sourit à l’évocation de son enfance. Ce graphiste indépendant, qui a pensé B.ü.L.b comix à la fin des années 1990 pour son travail de mémoire de la Haute Ecole d’arts appliqués de Genève, a entassé des centaines d’ouvrages sur les étagères de son atelier, la B.ü.L.b factory. «C’était comme ça à la maison, quand j’étais petit. Mon père possédait plein de livres d’art et d’architecture, que je pouvais feuilleter quand je le voulais. Je crois qu’il y a toujours eu une filiation dans ce projet de maison d’édition.» Lorsqu’il a imaginé B.ü.L.b comix en 1997, Nicolas Robel souhaitait prouver qu’il était possible d’imprimer des livres de qualité, selon un modèle financier viable. Du haut de ses 20 ans et avec quelque 4000 francs, il a imprimé les quinze premiers ouvrages, dont les couvertures étaient sérigraphiées et l’intérieur entièrement photocopié. «J’allais au magasin de photocopies, et je passais un après-midi entier à monter et à imprimer les pages. On me prenait pour un fou!» rigole-t-il. Peu de temps après ces débuts, Mathieu Christe, graphiste indépendant également, a rejoint l’aventure. La «règle du jeu», comme l’appelle Nicolas Robel, était bien simple: inviter des artistes dont ils souhaitaient publier le travail, promouvoir leurs livres, et toujours rester indépendants. «On ne voulait surtout pas être subventionné par la ville ou par la publicité. On ne voulait pas non plus faire payer leurs livres aux auteurs. Le vrai métier d’éditeur, c’est de dénicher des artistes et de promouvoir leurs oeuvres. On savait aussi qu’on ne dégagerait jamais de salaire grâce à cette activité, mais que si les recettes pouvaient couvrir les frais et dégager un bénéfice pour publier les livres suivants, on avait gagné.» Pour promouvoir leur premier ouvrage test en 1996 déjà, publié à 126 exemplaires, un vernissage a été organisé; ce soir-là, tous les livres ont été vendus. La machine B.ü.L.b comix était bel et bien lancée.

La bête noire des imprimeurs

Très vite, les deux hommes enchaînent les rencontres et invitent des artistes du monde entier à collaborer avec eux, calculent les coûts des impressions sur des tableurs, font le tour des librairies pour présenter leur travail. On a appris plein de métiers en peu de temps», admet Nicolas Robel, en adressant un regard complice à Mathieu Christe. Surtout, ils ont affiné les fameuses règles du jeu: pas de code barre sur les livres, «parce qu’au niveau du design, c’est trop laid». Pas de grandes surfaces. Pas de réédition des stocks écoulés. Et surtout, ne pas céder à la tentation du livre numérique et luxueux. «Nous, on est attachés au livre comme un objet», précisent les deux graphistes. D’ailleurs, les formats de leurs ouvrages le prouvent bien: si l’on retrouve des tailles standards déguisées sous des titres bizarres (25 Watts pour un album de poche, 40 Watts pour un livre plus grand), Nicolas Robel et Mathieu Christe se sont différenciés en inventant un très petit livre, intitulé le 2 Watts et à ranger dans une 2WBOX. Ces petites boîtes, d’à peu près cinq centimètres de hauteur, renferment cinq minuscules livres graphiques, imprimés en deux couleurs. Un travail d’orfèvre, et une impression extrêmement détaillée et précise. D’ailleurs, les deux graphistes l’avouent: «On était la bête noire des imprimeurs.» Produites à la main, à 600 exemplaires en moyenne, les 2WBOX étaient découpées, pliées et tamponnées par les éditeurs eux-mêmes et leurs amis: «C’est ça qui nous a permis de vendre ces boîtes à moindre coût (15 francs). On a tout fait main, on n’a pas embauché quelqu’un pour le labeur. On les fabriquait sur notre temps libre, en regardant des films le soir, par exemple», expliquent-ils. En tout, vingt-six modèles de 2WBOX ont été édités, soit des boîtes nommées de A à Z. Et une fois les 600 boîtes Z pliées, par un jour de 2013, les deux hommes ont décidé de sonner la fin de leurs publications: «On avait fait le tour, on était arrivés à la fin de l’alphabet. Si on a mis un point final, c’est par choix. La passion, on l’avait toujours, l’argent aussi; on a même fini avec un petit bénéfice!» plaisante Nicolas Robel.

Des dinosaures de l’édition indépendante

Aujourd’hui chacun à la tête de projets personnels, Nicolas Robel et Mathieu Christe gardent un pied dans l’édition: l’un édite les bülbooks, des livres pratiques en tout genre, inspirés des vieux guides Michelin. Le premier né est un manuel de danse contemporaine, qui allie photos, dessins, frises et autres détails très designs. Quant à Mathieu Christe, il publie Footnotes, une revue en anglais, dont les articles traitent de typographie. Même si les deux hommes gèrent ces projets en solo, ils continuent à faire briller les Editions B.ü.L.b comix: «On promeut encore nos albums. Quand les gens ne nous connaissent pas encore, on leur dit que toutes nos bandes dessinées sont des nouveautés!», déclarent les deux graphistes. «C’est l’avantage de notre design; on l’a toujours voulu intemporel.» Et s’ils avaient eu 20 ans en 2017, malgré tout ce qu’on dit de décourageant sur le marché des livres? «On se serait lancé dans l’aventure, coûte que coûte. Après tout, l’édition en indépendant, ça a toujours été incertain. Quand on va dans des salons, et qu’on rencontre de jeunes éditeurs qui nous disent que nos albums les ont inspirés, on se sent un peu comme des vieux dinosaures, mais on est heureux de ce qu’on a accompli. Quand j’ai commencé cette activité, je me souciais de créer une maison d’édition pérenne. Je crois qu’après vingt ans, on peut dire que c’est le cas», déclare Nicolas Robel.

légende image (B.ü.L.b comix):
La microstructure d’édition genevoise s’est fait connaître avec la 2WBOX, soit une petite boîte renfermant cinq albums graphiques.