Biographie

Nicolas Robel est né à Québec au Canada en 1974.
Il déménage à Genève en Suisse avec sa famille à l'âge de trois ans.
Une maturité scientifique et un diplôme de communication visuelle à l'Ecole supérieure d'arts appliqués (ESAA) à Genève en main, il travaille successivement comme graphiste au mamco (musée d?art moderne et contemporain àà Genève) pendant 2 ans et au sein d'une agence de communication pendant 2 ans également.
Il crée alors en novembre 1999 la B.ü.L.b factory regroupant une maison d'édition, B.ü.L.b comix et un atelier de création et de communication, B.ü.L.b grafix. L'une, reconnue internationalement comme label de qualité, est à but non lucratif et se veut de promouvoir une bande dessinée contemporaine et d'auteur, l'autre est lucrative et permet de financer entre autres la première.
B.ü.L.b grafix se comporte comme un atelier virtuel. Une petite structure de base permet avec souplesse de gérer les mandats de graphisme, illustration et direction artistique les plus divers (corporate, affiche, site internet, livre, catalogue pour divers clients issus des milieux culturels et institutionnels; WWF Suisse, WWF Genève, UNHCR, FCAC (Fonds cantonal d'art contemporain), La Bâtie, Festival de Genève, la Banque Pictet, le Département de la culture de la Ville de Genève, divers clubs de musique à Genève et ailleurs, diverses agences de communication) La structure s'étend alors en fonction de l'importance du mandat. Des spécialistes externes sont mandatés alors pour collaborer au projet en fonction de leur spécificité et de leur qualité.
Il exerce l'illustration pour la presse romande, suisse allemande et internationale, est édité pour ses «romans graphiques» en Suisse, en France, en Pologne, au Canada et aux Etats-Unis.
Il vit à Genève avec sa femme et ses fils.

Nicolas Robel was born in Quebec, Canada in 1974.
He moved to Switzerland with his family when he was three years old.
Nicolas, who has a graduate degree in visual communications, suffers from hyperactivity.
He's an illustrator, publisher, graphic artist and still finds time to be a dad.
This Swiss by choice is an editor with B.ü.L.b comix and art director in his studio B.ü.L.b grafix. He is the author/illustrator of magnificent books for both big and small that have been published in France, Switzerland, Canada and the United States. He also works for the press and the Internet and has already participated in numerous exhibitions. When he was little and started to pout, his mother operated on him to remove the crocodiles he had in his tummy. He has now learned to tame them and even uses them in his stories. His favorite colors are grey and pink.


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Nicolas, Robel des bois

A ceux qui vous diront que c’est un obsessionnel, dites-leur qu’ils se trompent. Qu’il est méticuleux? Pointilleux? Jusqu’au boutiste? Pas besoin d’en jetez plus, et crachons le morceau. Nicolas Robel est un maniaque, un auto-tyran qui repousse constamment les limites de son savoir-faire pour arriver à ses fins. B.ü.L.b comix, la maison d’édition qu’il a montée, est à ce titre un exemple plutôt éloquent. Car il faut savoir que le garçon avait préparé son coup de filou de longue date, vu que B.ü.L.b était le sujet de son travail de diplôme en communication visuelle à la Haute ecole d’art et de design de Genève. Ca fait un peu plus de dix ans, et depuis il n’a pas changé une virgule de la ligne qu’il avait mise en place alors. Il est comme ça. Droit dans ses baskets et genre roseau qui plie, mais ne rompt jamais. Plutôt que de reculer pour mieux sauter, il soupèse les différentes possibilités qui s’offrent à lui afin qu’une fois le chemin emprunté il puisse s’y enfoncer à toute berzingue. On pourrait dire qu’il est une sorte de fonceur raisonné, du type de ceux qui apprennent le road book par cœur pour pouvoir conduire ensuite les yeux bandés. C’est un gros bosseur, on est d’accord, il est souvent difficile de lui coller des limites, et il le sait mieux que personne, mais il a ce côté artisan amoureux de son travail. Celui qui va le voir enquiller cinq heures d’affilée pour plier sa nouvelle série de 2[w] sur un coin de bureau; celui qui ira tirer les couvertures sérigraphiées de ses bouquins jusqu’au bout de la nuit…
Nicolas, ça fait un bout de temps que je le connais. Quinze ans bientôt. A l’époque du collège, il m’avait enregistré une cassette de groupes qui m’étaient tous plus obscurs les uns que les autres. Et dans le tas, je vous le donne en mille, on y trouvait un titre d’un groupe genevois appelé les… Maniacs! Ca ne s’invente pas, même si c’est juste pour l’anecdote. Car si ce qui transpire de ce garçon, c’est une forme d’intransigeance avec lui-même, son œuvre l’éclaire d’une toute manière. Joseph, Le tigre bleu, Fallen Angel, 87, bd des Capucines, Crocos… L’ordre de lecture importe peu. Mais il est intéressant de pouvoir le décrypter entre les bulles. Car si son oeuvre est loin d’être cathartique, elle est passionnante à mettre en parallèle avec son parcours personnel. De l’épisode douloureux où il a perdu sa maman à la naissance d’Ael et Lyn, ses deux garçons, en passant par son mariage avec Heidi, son ange obwaldien, tous ces épisodes commencent à s’insinuer tranquillement dans son travail. Sans qu’il ne le recherche plus que ça. On peut rajouter ses angoisses quant à ses mains de yéti (lire Joseph), sa propension à se construire un monde où il pourra converser tout seul avec ses peluches, sa manie des listes qu’il fait à tout bout de champ…
Reste qu’indépendamment de tout ce qu’il vient raconter dans ses histoires, Nicolas a réussi à se créer graphiquement parlant un univers propre. Fait de nuages roses et de coups de crayons gris, d’un goût prononcé pour la nature et les doutes existentiels. Un personnage tantôt raie sur le côté tantôt arborant un t-shirt rayé façon Picasso. Ca me rappelle du reste une carte postale que je lui ai offert une fois. On y voyait le peintre affublé de son éternel pull rayé, des mains immenses posées à plat devant lui… depuis Nicolas a eu sa période rose (Fallen Angel, 87, bd des Capucines), on attend la bleue… Il a un style. Il creuse son sillon, toujours le même, mais toujours aussi un petit peu plus profondément. Et question profondeur, il est comme dans la vie, intarissable, prêt à se confier dans les moindres fissures et jusqu’à plus soif, parce que c’est comme ça qu’il avance le mieux. C’est un solitaire qui aime progresser accompagné, mais qui refusera de se l’avouer pour ne pas se retrouver dans certains des épisodes traumatiques de son passé. Incontestablement, il est un ami précieux. Le genre que je n’ai pas besoin de voir pour savoir que sa porte sera toujours ouverte. Et puis, comme ses livres ont pu combler des lacunes dont je ne pouvais soupçonner l’existence, c’est comme si je le connaissais depuis toujours. Nicolas est quelqu’un d’égal en toutes circonstances. Ca pourrait sembler fade comme évaluation… sauf que si on le met en parallèle avec tout le travail fourni pour le compte des éditions B.ü.L.b comix, on se rend compte que la qualité a toujours été au rendez-vous. Depuis le début. Et sans jamais qu’il ait été une fois pris en défaut.

Maxime Pegatoquet

Plier des peluches en 4 pour les faire rentrer dans la tête

Il est toujours surprenant de constater à quel point les auteurs de bande dessinée sont le portrait craché de leurs personnages, une extension de leur dessin, comme dans les correspondances dynamiques qui unissent physiologiquement le maître à son chien. Chez Nicolas Robel, ce phénomène de connexion débute avec son trait jeté au feutre pinceau pour découper des figurines et ses lignes arrondies et faire vibrer des décors feutrés. Petits bonshommes droits debout sur des nuages, engloutis sous des paquets de neige et errants dans des forêts inquiétantes comme on aimerait s’en souvenir. Tout un travail en douceur, qui par moments embaume comme un bon Petzi 1. On pourrait penser à une habile entreprise de séduction si d’histoire en histoire ne revenait ce même refrain mélancolique, mélange de tristesse brute et de bien-être cotonneux, recherche de la peluche intérieure. Des petits morceaux en mode sad-happy, tristes et effilés en même temps, variations sur quelques thèmes affectionnés. L’intensité atmosphérique de ses petites mécaniques varie en fonction des formats, utilisés avec une attention de graphiste : objets maison pour les éditions B.ü.L.b. comix, bande dessinée indépendante pour enfants, images adaptées aux dimensions publiques de l’exposition. Deux œuvres aux proportions radicalement différentes donneront une idée de ce travail, proche de l’autoportrait : Undying 2 (2002), mural réalisé à l’occasion de Spiderman in Search of the Picturesque 3, exposition à l’espace d’art contemporain Forde, et Back to Basics (2004), bande dessinée miniature de la collection 2 [w].
Dans cette exposition, des auteurs de bande dessinée étaient invités à expérimenter le passage d’un mode d’expression soumis aux contraintes souples d’un format (l’album), à la surface des murs, aux limites indéterminées. Nicolas Robel approche l’exercice en étalant bien son univers formel jusqu’à créer un espace de relations complexes, à la fois morcelé et unifié : une histoire de couple aigre-douce dispersée en fragments aux quatre coins d’un paysage en équilibre précaire entre terre et ciel. Division de l’espace en trois panoramas superposés, variation d’un même motif dans lequel la terre et les nuages se confondent pour offrir au regard un seul grand paysage. Au feutre argenté : ici l’homme et la femme courent pour échapper à un gros nuage sombre qui leur pleut dessus, là ils font une petite virée acrobatique au volant d’un nuage joufflu, là encore il berce tout seul son petit cœur oppressé, sans voir derrière lui la femme perchée sur un nuage qui l’appelle. Au feutre doré : dans l’autre monde, superposé au premier, des fantômes, saucisses molles et inexpressives dont les mouvements ondulatoires pourraient être ceux du vent. Ils opèrent la jointure entre les différents niveaux, toboggan pour l’œil dans un jeu de l’oie où l’on descend et l’on monte selon sa fortune.
À la différence d’un chemin de croix, où l’ordre des événements juxtaposés dans le décor est arrêté, ici la vision synoptique invite à parcourir la toile en tous sens pour tisser des liens inattendus entre les scènes. Au premier plan, l’homme étendu sur une colline se perd dans la contemplation d’un nuage, anthropomorphe comme il se doit, un peu plus loin en contrebas l’homme et la femme jouent au cerf-volant et tout au fond, perdue à l’extrémité de la diagonale, la femme se débat au milieu des flots. Que se passe-t-il au juste ? Sommes-nous les spectateurs d’un drame mis en apesanteur ou bien d’une cassante séparation (“I’m fed up”, dit une lettre adressée à l’homme) ? Pour tout dire, les personnages aussi semblent un peu confus. Assis pour un pique-nique, ils ne reconnaissent pas le cerf-volant mis en orbite en un autre temps, métamorphosé entre deux en un gigantesque vaisseau spatial surgi de derrière les collines. Dans cette œuvre, Nicolas Robel profite des propriétés multidirectionnelles du mur pour esquisser une image désarticulée de la mémoire.
À l’inverse, dans Back to Basics (« retour aux sources »), Nicolas Robel fait défiler méthodiquement un à un tous les éléments de son monde pour les reconfigurer. Changement de décor. Changement climatique. Il parle pour la première fois à la première personne, brosse un autoportrait tout en savoureuses futilités. Son attachement obsessionnel pour sa collection de disques devient le calme fil conducteur de la mémoire, une succession de vignettes que l’on peut étaler comme un album familial. Il dessine directement au stylo à bille, joue avec nonchalance toutes les gammes apprises, s’essaye à la multiplication des cases, alterne avec des plages de silence en pleine page. Il place discrètement ses totems : quelques fantômes au plafond et des nuages en rase-mottes collant la terre. La peluche reprend sa place au bout de son bras pour babiller avec son fils. Il y a là aussi sa compagne, juste de l’autre côté de la page pour partager ses élucubrations. Avec cette dernière bande dessinée, Robel se met au diapason de toute une école de la légèreté éditée par ses soins (Ron Rege Jr. 4, John Porcellino 4). L’ensemble de son travail s’en trouve redéfini, ramené à la valeur d’un bon morceau de musique légèrement nostalgique, la persistance après écoute de quelques détails de rien du tout.

Benjamin Stroun doit sa joie de vivre à la découverte précoce de Gaston Lagaffe. Il dirige Comix For the People, organisation vouée à la promotion de la bande dessinée expérimentale et recherche de partenariats avec d’autres champs susceptibles d’hybridation comme l’art contemporain.
Il anime avec un espoir messianique l’espace d’exposition Bijoux Or Monnaie à Genève.
comixforthepeople.com


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1 Petzi, de Carla (1906–2001) et Vilhelm (1900–1992) Hansen,
est un ourson qui parcourt le monde sur son bateau
avec un pingouin, un phoque et un pélican. Entre deux aventures, ils mangent des crêpes.

2 Undying, Nicolas Robel, 90 x 120 cm, Spiderman in Search
of the Picturesque, avec Alex Baladi, Ibn Al Rabin, collectif Forde et Benjamin Stroun, Forde 2002.

3 Le format de la collection 2 [w] est une invention simple et efficace comme un houlahop. Des albums modèle réduit qui se déploient en accordéon pour offrir 21 pages à lier ou à délier, précieux piège à auteurs curieux de plier à leurs fantaisies cette miniature.

4 Auteurs américains minimalistes et intimistes, traduits chez B.ü.L.b comix avec respectivement “King-Cat collection” et “Fuc(k)

Benjamin Stroun

A View of the Forest Through the Clouds

Of all the visual metaphors employed in the comics of Nicolas Robel, the most central is the forest. Trees and forests appear constantly throughout his work, acting as both a central metaphor and as an authorial signature. Often, the woods are a source of comfort. Barnabé, the subject of Fallen Angel, lives in a large forest in a large city, reveling in the isolation that the trees provide for him. After being rejected by his classmates, Joseph, the young boy in the story of the same name, finds solace in a tree that hugs him. At the same time, however, Robel’s forests are often a site of tremendous personal pain. In 87 blvd des Capucines, Isrine dreams of a largely barren forest in which she discovers the sister that she barely knew. The arboreal element is most consciously foregrounded in Bleeding Tree, in which the central metaphor for pain and loss takes the form of a single large leafy tree in a forest that is almost totally defoliated. Robel’s comics veer from one conception of the forest to another, regarding it as a site of both heartbreak and joy, rejuvenation and decay.
This indeterminacy of objects and their meanings is central to Robel’s comics because the worlds that he creates are structured around fleeting impressions, contradictions, and miscommunication. Robel’s world is a space of longing in which characters are reluctant or unable to convey the way that they really feel. Not surprisingly, Robel’s characters often experience a distance between their inner selves and their external bodies. Joseph is burdened with hands that physically mark his alienation from the world in which he lives. Paul, the young hero of Le Tigre bleu, uses his hand-puppets to communicate with his mother and with his new friend, Katia, animating these objects with his own subjectivity. Isrine goes so far as to abandon her physical form, exploring a rich psychic territory in an out-of-body experience that examines the key moments in her life history at a moment when she is faced with the transition into adult responsibilities.
The primordial emotions of Robel’s characters foreground the importance of the physical world in which they inhabit. If trees are the central visual metaphor of Robel’s work, a close second are clouds, smoke, and the visible human breath caused by exhaling in cold weather. These vapors suffuse his comics, taking on a physical form that one rarely notices in comics. Robel’s clouds are not soft fluffy things, but hard, rough objects drawn with thick, heavy lines. The cover of Le Tigre bleu, for example, depicts Paul in a winter scene. His breath trails behind him as he crunches through a snowy park while clouds gather around him. Paul’s breathing is indistinguishable from the clouds, uniting him with his surroundings in a unified visual field. The cover of Drawn & Quarterly Showcase, on the other hand, depicts Isrine, seated alone in the corner of an empty apartment, with ghosts fluttering by in the foreground. Isrine’s ghosts look remarkably like Paul’s breathing, and remind us that these ghosts are an expression of the body.
It is not a difficult stretch to follow the logic and recognize that Paul’s breathing is, in fact, the cause of Isrine’s ghosts. Indeed, we see Isrine’s breathing as she walks through the unheated corridors of 87 blvd des Capucines long before we encounter the ghosts in her life. The visibility of our exhalations serve as a reminder of our lives. Our breath marks our passage, and the constancy of our interchange with our physical surroundings. When we see our breath, we are seeing our own immediate past. When Robel’s characters see their breath, however, they are encountering something much more distant. Robel’s characters are not concerned with the immediate, but with those elements of life that are deeply submerged, half forgotten, and often totally repressed. Isrine is haunted by ghosts. Paul is haunted by doubts. Barnabé is haunted by longing. These elements are omnipresent, but at the same time they are barely there. Like a mist, there is nothing tangible to fight against, simply an engulfing force that isolates the individual amidst their surroundings while at the same time binding them to the world. Clouds, breath, and vapors are ephemeral physical objects, very much at odds with the hard, enduring nature of forests. In Robel’s work, trees endure and remember, while clouds pass in and out of existence quickly and unremarkably. In a way, they are lost in a forest that they cannot escape.
Crucially, what unites the characters in Robel’s many stories is the way that they exist as individuals in the world. These are lonely people, fighting private demons. There is a sadness that hangs over these comics, and this sentiment is expressed in visual
terms through the rhetoric of isolation. Joseph’s over-sized hands, at the end of ever-reaching outstretched arms, beg for love and acceptance that is never forthcoming. The image of a wide-eyed Barnabé hurtling through space on the cover of Fallen Angel only hints at his sense of separation. His dreams, in which he is a clumsy Gulliver destroying the earth or a tiny Lilliputian cradled by a beautiful woman like a doll held by a little girl, exemplify a sense of strangeness with the world, and the secret shame of not belonging.
The terrors that haunt these characters are those of the young child in an adult world. Robel is captivated by themes that are attractive to children, and the ghosts in his work are often the specters of childhoods long past. The transition from childhood to adulthood is perhaps the central theme of Robel’s work, with each new story drawing upon his recurrent visual motifs in order to provide a new examination of the way that one deals with the past. In his exploration of the psychic spaces occupied by his characters, he has committed to defying traditional reader expectations and builds imaginative physical spaces that create those same feelings of longing and loss of innocence, an unrootedness from our past selves. Through the deft mobilization of images of intransience (trees) and impermanence (clouds), Robel approaches the very nature of memory.
The first comic that I can remember reading was by Carl Barks, an Uncle Scrooge story, although I didn’t learn that it was by Barks until years later. It was in a Disney comic book that my parents bought for me at a gas station on a long driving trip through the United States one summer when I was about five years old. There were many stories in the comic, but the Uncle Scrooge story, “The Golden Fleecing”, was the only one that I liked. I must have read it ten times in that car, and I kept that comic for years. Even today, my recollection of that one story is so strong that I can picture each individual page in my mind, even though I haven’t read it for years.

Bart Beaty was born in Burlington, Ontario (Canada), where he grew up and where his family still lives. He studied cinema and mass media in Ottawa and Montreal, and is now a professor at the University of Calgary specializing in visual communication. He has written extensively on comics for The Comics Journal, where he is responsible for covering comics in Europe. His first book, Fredric Wertham and the Critique of Mass Culture, will be published in Fall 2005 by the University Press of Mississippi, and a second book, on contemporary European comics titled Unpopular Culture, will be published in 2006 by the University of Toronto Press. He is currently writing a book examining the relationship between comics and more traditional art forms, including painting and sculpture.


Bart Beaty

Melancholisch-traurige Traumwelten

Von einem melancholischen, leicht traurig gestimmten Hauch umweht sprechen uns die Comics von Nicolas Robel an. Gestalterisch wie erzählerisch können sie nicht selten in einer nicht-realistischen Sphäre angesiedelt sein, wo sich das Surreale schnell einmal einschleicht. Dimensionen, Proportionen und Relationen verschieben sich, Perspektiven nehmen sich schräg aus, ein »eckiges« Kindchenschema in den Personendarstellungen ist auffällig. Und nicht zuletzt: Nicolas Robels Panels und Seiten dürfen als Bilder beschrieben werden, die durch eine ureigene Textur charakterisiert sind. Und ein aussergewöhnliches Zeichenrepertoire wird wiederholt wahrnehmbar in den Zeichnungen von Nicolas Robel (ich sage nur: die Wolken, der Rauch, botanische Motive, unter anderem).
Jedenfalls sind da bewusst keine zeichnerischen Konventionen auszumachen, ist sein Werk jenseits von Comic-Konfektionsware anzusiedeln. Nicolas Robels Zeichnen lehnt sich am »Kinderzeichnungsstrich« mit seinen schematischen Formen an, tendiert zu kubistischen Verdrehungen. Mit anderen Worten: Die Comic-Welt des Nicolas Robel ist ein eigener, persönlicher Ausdruck des Autorenbewusstseins im Comic. Nicolas Robel hat eine eigene visuelle Sprache, einen Stil, einen erkennbaren Strich, der nur ihm eignet. Es ist, dafür fehlt das treffende deutsche Wort, ein »Look«, der ihn auszeichnet.
Nicolas Robel ist drei in einem: Da ist einmal der Verleger, der »B.ü.L.b«-Gründer, der spiritus rector, das Herz und der Motor eines nicht-profitorientierten Unternehmens, das auf Sorgfalt wert legt, das die einzelnen Produkte gleichsam zum Objekt erhebt, das die Handarbeit hochhält. Vornehmlich gilt das freilich für die mit eigener Strahlkraft ausgestatteten »Schubladen-Schächtelchen« der Collection 2 [w]: An Streichholz-Schachteln erinnernd, kommt die Collection in Form von Boxes daher, in denen sich fünf “tiny comics” befinden. Die für eine Box versammelten Zeichnerinnen und Zeichner (darunter Nicolas Robel bei Gelegenheit auch selbst) haben alle der einen Vorgabe zu folgen, nämlich einen Leporello-Streifen beidseitig für eine Comic-Geschichte zu nutzen, mit einzelnen Bildern, die das Format von Briefmarken aufweisen. Die kleinen Schachteln, gefüllt mit überraschenden Arbeiten, sind veritable Miniatur-Objekte. Der Comic hat hier in dieser ganz besonderen Ausdrucksform vom Buch Abschied genommen.
Da ist, zum Zweiten, der »angewandt« arbeitende Nicolas Robel, der als Grafiker und Illustrator sein Auskommen findet. Wie so manche oder die meisten in der Schweizer Comic-Szene lebt auch er nicht von der Comic-Produktion. Der Brotberuf erlaubt ihm, das Eigene und Persönliche, die Comics eben, »nebenbei« zu machen. Klar bleibt dabei, dass der Brotberuf nicht einfach und nur die ökonomische Seite in seinem Schaffen darstellt. Vielmehr gehört bei Nicolas Robel alles zusammen. Das eine befruchtet das andere. Das Verlegerische, das Gestalterische, das Illustrieren wie das persönliche Comic-Schaffen sind als verknüpfte Bestandteile eines einzigen Ausdrucksuniversums zu verstehen.
Das Dritte: Nicolas Robel, der Comic-Autor, der Autoren-Comic-Schaffende. Schauen wir uns zwei seiner Arbeiten etwas genauer an.
“Fallen Angel” (2002) erzählt, in jeweils ganzseitigen Panels, vom jungen Barnabé, der von einem immer wiederkehrenden bösen Traum heimgesucht wird. Der kleine, zerbrechliche Barnabé sieht sich dabei unverhofft als riesengrosse Gestalt, als kriegerischer Weltvernichter. Jeden Abend ist es der selbe Traum, jeden Abend kommt die selbe Angst über ihn. Eines Tages taucht ein Mann mit magischen Kräften auf, der dem kleinen Barnabé drei junge schöne Frauen hinzaubert. Er, der das Gefühl bis anhin nicht kannte, entdeckt die Liebe, die sich nach gescheiterten Annäherungsversuchen nicht erfüllen kann. Verzweifelt ob seiner Verfehlung bastelt Barnabé sich mit Latten und Federn ikarusgleich ein Paar Flügel. Absturz vorprogrammiert. Doch noch ist da die Begegnung mit einer der Frauen, die ihn gesucht hatte. In der Gegenwelt zum grossen stillen Park, Barnabés Biotop, findet der Protagonist inmitten von Menschen und Lärm am Ende ein einsames Blatt.
Ins Traumhaft-Surreale verweist auch das Album «87 blvd des Capucines» (2003). Vorerst ist das Setting ganz real, als sich das Twenty-Something-Paar Isrine und Manuel an die Adresse aufmacht, um eine neue gemeinsame Wohnung zu besichtigen. Die zur Vermietung ausgeschriebene Wohnung entpuppt sich als gigantisch grosses Appartement. Isrine, allein in einem Raum, träumt sich in die Kindheit und das Jugendlichen-Alter zurück. Die Zeitebenen und die Schauplätze wechseln sich ab, es werden Bilder und Szenen aus der Vergangenheit evoziert, aus dem Lautsprecher ertönt “The Only One 1” von Billy Bragg 2. Eingeschoben ist eine Szene mit Isrines erster schmerzhafter Menstruation im Badezimmer, wo sie einen Streit der Eltern mitbekommt. Die Kommunikation mit Manuel ist gestört am Ende, die in den Bildern langgezogenenen Sprechblasen werden leer, allein, mit Tränen in den Augen, verlässt Isrine das Haus.
Die beiden Beispiele machen es anschaulich: Lädiertes Leben, die Liebe und das Leiden, Einsamkeit, Verlorenheit, Traurigkeit, Erinnerungen, Träume (und Albträume), Sehnsüchte und Wünsche sind mit eigener gestalterischer Kraft zum Ausdruck gebrachte Motive in der faszinierenden Bilderwelt von Nicolas Robel.

Urs Hangartner (*1958, Luzern), Kulturjournalist und Ausstellungsmacher in Luzern. Erste Begegnungen mit Comics dank tolerantem Elternhaus in der Kindheit der 60er-Jahre; professionelle Beschäftigung mit Comics als Journalist seit 1982, Entdecken der Autoren- und Erwachsenencomics (Pratt, Tardi, Bilal etc.) in den frühen 80er-Jahren; seit 1986 mehrere Comic-Ausstellungen in Zusammenarbeit mit Cuno Affolter (u. a. »Mit Pikasso macht man Kasso«, Museum für Gestaltung Zürich, 1990); 1992–2000 Mitglied Organisationskomitee Comix-Festival Fumetto Luzern; im Auftrag der Pro Helvetia Kurator der Wanderausstellung »Comic-Land Schweiz« (2005).


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1 Workers Playtime, Elektra, 1988

2 1957 in Barking, Essex, London, England geboren, engagierter Songschreiber

Urs Hangartner

Biobliographie

Romans graphiques (Graphic novels)

Magnetismus

32 pages, qudrichromie + 1 bronze, reliure souple
(1re édition française, éd. OSL, Zurich, Suisse, 2012)
(1re édition allemande, SJW, Zurich, Suisse, 2012)

Emile et son précepteur se rendent à la foire.
Ils y observent un forain capable de faire bouger un canard en cire. Emile comprend le tour de magie et l'annonce fièrement au magicien. Cela lui attire de gros ennuis.

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10

poster 70x100 cm, 3 couleurs, plis croisés, impression typo rouge
(éd. B.ü.L.b comix, Genève, Suisse. 2007)

Réalisée à 2 mains, cette fresque présente un condensé graphique de l’aventure éditoriale avec, entre autres: des gens qui nous ressemblent, des voleurs masqués, des animaux, la chaîne organique de l’arbre à la feuille de papier, une “sneak preview” de la version 2.0 du site internet, une presse offset 1 couleur ainsi qu'une presse à sérigraphie fidèlement redessinées, un mont rayonnant etc. De quoi vous occuper les yeux pendant des heures de découvertes passionnantes.
Ce poster annonce aussi la “party” des 10 ans des éditions, un beau samedi du mois de juin 2007. Tartines, sirops, ambiance bucolique dans l'ancienne usine Kugler à Genève avec un concert du groupe lausannois Honey for Petzi offert en bonus!

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Crocos

32 pages, couleur, reliure souple
(1re édition française, éd. OSL, Zurich, Suisse, 2007)
(1re édition allemande, SJW, Zurich, Suisse, 2008)

krokos

Idées noires, peurs sourdes, angoisses planquées au tréfonds de son (petit) être et qu’on espère noyer en avalant des kilomètres d’eau du robinet ou en remontant la couverture au-dessus de sa tête... Nicolas Robel les appellent des crocos. Une sorte de cancer enfantin qui vous chope quand vous ne vous y attendez pas, mais qui se rappelle à vous dès la moindre faille. Le croco, cette bestiole qui a la peau dure au point de remonter à l’époque des dinos, insubmersible et prête à faire les cent ronds dans l’eau. Dans cette histoire, le croco c’est le loup du Petit chaperon rouge, la bête vicieuse qui vous racontes des craques pour mieux vous entourlouper. Pour le combattre, il y a la mère, une présence rassurante et un diplôme de «doctoresse» lui permettant de pratiquer des opérations à ventre ouvert à coup de bons mots de réconfort et de centaines de bisous. L’enfant est seul, sauf quand il est accompagné. Le petit Nicolas joue aux voitures, aux cow-boys et aux indiens, son pilou est rayé et sa soif de dessiner immense. Mais l’enfance est un no man’s land compliqué à traverser, où les obstacles à franchir sont nombreux, où le ciel peut s’assombrir sans prévenir.
A la fin, le petit Nicolas s’enfonce dans la forêt pour y enterrer ses crocos. Mais ce serait trop facile.

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How should I know ?

96 pages, couleur et encre métallique, reliure moleskine, impression à chaud
(éd. B.ü.L.b comix, Genève, Suisse. 2005)

Beau comme un Moleskine, noir de rigueur, ce bréviaire de poche est un petit Nicolas Robel illustré. Imaginé par lui-même à la gloire de son propre travail, il est une étape, une façon de considérer une bonne fois pour toute le chemin parcouru avant de se lancer dans de nouvelles aventures. Vu de l’extérieur, on a un peu l’impression de pénétrer un territoire interdit, comme si on avait piqué un carnet de croquis oublié par un artiste sur le coin d’une table. Ni vu ni connu, on peut le guigner dans un recoin sans risquer de se faire gauler. Magnifique de cohérence et de conception, il est la synthèse de son personnage. Il montre l’excellence d’un créatif qui ne doute jamais de choix qu’il met là en balance avec une kyrielle de personnages, tous plus proches les uns que les autres de leur figure originale, perclus de doutes et d’angoisses sur leur capacité à appréhender les difficultés de l’existence. Il y alterne des inédits, des peintures, une pochette de disque, du papier peint... autant d’indices qu’on peut retrouver dans l’une ou l’autre de ses histoires. Nicols Robel est un personnage qui avance masqué, mais qui, soudain, vous ouvre un pan de sa vie. On aimerait dire merci, et d’un autre côté, vu qu’il nous a pas mal mis en appétit, on se verrait bien continuer à fouiner dans son univers pour y dénicher d’autres trésors. How should I know retrace huit ans de création. Le prochain opus est donc prévu aux alentours de 2013-2015.

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Back to basics

22 pages, en bichromie, plis en accordéon, élastique
(éd. B.ü.L.b comix, collection 2[w], Genève, Suisse. 2005)

Dans la série des fondus de musique, on connaît Nick Hornby qui se révèle régulièrement à travers ses différents livres. Nick Robel a aussi sa petite collection (à l’époque de ce 2w, 1600, on magine que la collection a grandi depuis), un plaisir quasi solitaire traité avec un sérieux extrême. Peut-être parce qu’il s’est vu comme un Ramones quand il jouait avec son frangin, lui à la batterie, son aîné à la guitare. C’est aussi la première fois qu’il est aussi frontal dans une histoire, l’auteur occupant résolument le devant du récit (Nico Robel mangeant un bol de corn flakes, Nico Robel bossant devant son ordi), poussant la vraisemblance jusqu’à mettre sa petite famille en scène.

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87, blvd des Capucines

56 pages, en bichromie, reliure souple, dos carré
(1re édition française, éd. La Pastèque, Montréal, Canada, 2004)
(1re édition anglaise, Drawn&Quarterly, Montréal, Canada, 2003)

DQShowcase

Isrine et Manuel se promènent main dans la main à la recherche d’un logement où s’installer. Dans la rue, il y a le vent qui s’engouffre, les feuilles qui tremblotent, les nuages qui passent, comouateux à souhait. Ils se retrouvent au 87, bvd des Capucines – pas de comparaison gps à cartographier avec son homonyme parisien, dans un appartement trop grand, dans un quartier trop calme, un endroit qu’on peut sans trop de doutes rapprocher du Canada natal de l’auteur. La visite n’a que peu d’intérêt quand bien même l’appartement est un rêve de bobo dupuy-berbérien. Comme souvent, il n’est que le prétexte pour Nicolas Robel à décontextualiser son propos, à chercher des chemins de traverse où laisser vagabonder ses démons intérieurs. Pour une fois, c’est le personnage féminin qui s’y colle. Isrine, submergée par ses doutes, prostrée dans un coin de l’appartement, repasse le fil douloureux de son existence, notamment un père parti trop tôt. Cette intériorisation sera alors l’occasion d’une mise à plat des états d’âmes du couple.
Dans la vie, il faut faire des choix, s’engager, parfois sur des mauvais chemins. Pour Nicolas Robel, chaque pas compte. Et s’il aime laisser des portes ouvertes, c’est rarement pour les enfoncer gratuitement.

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Undying / Immortel

22 pages, en bichromie, plis en accordéon, élastique
(éd. B.ü.L.b comix, collection 2[w], Genève, Suisse. 2002)

Il est toujours stupéfiant de voir ce qu’il est possible de raconter en une poignée de cases, (précisément vingt -et-une dans le cas des 2w). En rose et bleu (deux couleurs phares de l’univers robelien), «Immortel» prend une histoire d’amour en cours de route, au bout de dix ans d’aventure commune. Liesse,bonheur et rires. Avant de sombrer dans la douleur, l’incompréhension et la perte de l’autre. C’est le premier des récits de Nicolas Robel aussi sombre, le premier aussi où il se laisse aller à une dérive des sentiments. C’est beau, tragique et profondément douloureux.

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6 histoires dessinées en 60 secondes

12 pages, noir et blanc, piqué-pli
(éd. MeMyself, Genève, Suisse, 2002)

Sous contrôle d'huissier, l'exercice était d'une façon non préparée d'improviser 6 histoires, au pinceau à l'encre de Chine, en ne passant pas plus de 60 secondes pour chacune d'elle. Le résultat révèle une face cachée plus violente que d'habitude.

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Le Tigre bleu

32 pages, couleur, reliure cartonnée pour la version française et souple pour la version allemande
(1re édition française, 2002, éd. La Joie de Lire, Genève, Suisse)
(1re édition allemande, 2007, SJW, Zurich, Suisse)

Der blaue Tiger, SJW

«Sparky, le roi de la jungle vs Le tigre bleu». Les deux premières cases de l’album Le Tigre bleu annoncent un affrontement sans précédent, dignes des plus grands combats de boxe, ceux datant d’une époque où on trouvait des surnoms aux combattants montant sur le ring, manière de faire rugir le public de plaisir.
Là, Sparky et Le tigre bleu sont des marionnettes. Main droite et main gauche avec le petit Paul en guise d’arbitre ou de punching ball intermédiaire. D’un côté le conscient, de l’autre le subconscient. Ou le bien contre le mal. On peut y voir toutes les dualités possibles, une sorte de juge de paix à usage personnel. Avant de s’engager sur tel chemin, il consulte ses oracles personnels (et derrière ces deux asticots-là, il en a une caisse remplie à ras bord) et vogue son bonhomme de vie. Mais tout ça, c’était avant que Katia n’entre dans sa vie. Pas vraiment une tornade, mais à coup sût une empêcheuse de s’amuser en rond. Alors, à force de marcher sur les plates-bandes de Paul, l’affrontement arrivera bel et bien. Résultat : un Tigre bleu estropié d’un bras et rallongé d’une bonne poignée de centimètres. A l’agressivité de Paul, Katia a essayé de la jouer fine, bisous et câlins à l’appui. Peine perdue, avant l’arrivée conjuguée de Peter pan et de Super Brocoli. Où il est question de psychologie enfantine, d’amour propre et d’amour tout court. Une belle histoire pour apprendre à grandir plus vite.

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Fallen Angel

64 pages, en bichromie, reliure souple, dos carré
(1re édition française, 2002, éd. Cornélius, Paris, France)
(1re édition anglaise, 2006, Drawn&Quarterly, Montréal, Canada)

Fallen Angel, Drawn&Quarterly

Dans l’univers de Nicolas Robel, la Terre est rose et sa consistance plutôt ouatée. Un monde idéalisé en quelque sorte, une prise de conscience de l’état de notre planète dans sa version Barbie World. Barnabé est perdu dans un monde trop vaste pour lui, assailli de questions sans réponse, coincé dans un univers de conte de fées, prédisposé à se replier sur soi, à endoser la charge du monde même si celle-ci doit forcément l’écraser.
En perte de repères, en manque de confiance, Barnabé est l’être pataud par excellence, celui qui pêche par manque d’ambition, par excès de sensibilisation. Et qui rame devant les femmes, enchaînant les râteaux en bonne tête de pioche, fuyant les problèmes pour être sûr de ne pas s’y composter. On y voit une dose austérienne, voire martin sutérienne dans «Fallen Angel», dans cette manière de chercher dans la nature et l’isolement le manque de confiance qui habite son personnage. Barbabé est au bord du précipice, mais en bon bricoleur, il se confectionne des ailes d’ange. Pour mieux voler. Parce qu’il se voit comme un ange gardien. Et, on y voit les signes qu’on veut, mais la femme de Nicolas Robel vient d’un coin baptisé Engelberg. La montagne de l’ange.

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my world n° 1

22 pages, en bichromie, plis en accordéon, élastique
(éd. B.ü.L.b comix, collection 2[w], Genève, Suisse. 2001)

Dans le monde très rangé de l’auteur, les peluches ont un rôle de premier ordre. Pour s’en convaincre, il suffit de relire Crocos ou Joseph, où apparaissent Sparky, le Tigre bleu ou Duck. My world se présente comme un catalogue de tous ces doudous qui ont jalonné son existence, une case par peluche. Et de découvrir Monkey, Olaf (un chien), Gotchi 1 (un poussin), Elliott (un singe) ou Henry (Un nounours). Disséminés dans cette ménagerie, on trouve Nicolas et Heidi, jouets de leur propre existence.

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Cadavres exquis

16 pages, impression 3 couleurs en sérigraphie, piqué-plis
(éd. B.ü.L.b comix, collection X[w], Genève, Suisse. 2000)

Il y a des histoires qui sont difficile à raconter. Celle de ce Cadavre exquis est le fruit d’une rencontre entre Nicolas Robel et Christophe Lambert. L’un est éditeur, l’autre n’est pas l’acteur aux yeux bleus qui a joué avec des singes dans un film à succès. C’est un dessinateur-artiste qui avait alors déjà publié une trilogie policière et loufoque chez B.ü.L.b comix, The horrible aboMinable. Ensemble, ils ont fait cet objet, le premier de la collection X[w], celle des objets non identifiés. Ensemble, ils ont scénarisé l’histoire entre Bruxelles, Bienne et Genève. Chacun dans leur coin, ils se sont ensuite partagé le travail et envoyé progressivement le fruit de leurs dessins. Christophe Lambert avec son style brut-rock limite street trash, bourré de références yaourth et picturales, complètement extraverti. Nicolas Robel avec son trait plus cosy, tout en douceur et en ombres, peuplé de son monde intérieur, forcément plus intraverti. A la lecture, on n’est pas loin du «Je te tiens, tu me tiens par la barbichette…», où chacun tient la route sur ses pages, mais jette d’énormes peaux de banane pour que se gauffre son acolyte. Imaginez. Vous allez chez votre voisin Martin parce que votre voisine du dessus Chantal prend des douches interminables. Martin n’a plus de mains et il est 3 heures du matin, moment choisi par Sacha Distel, le chanteur scoubidou, pour vous appeler en PCV. Du grand n’importe quoi, jouissif, comme de conduire sur l’autoroute à 250 les yeux bandés. On est entre le pétage de plombs et le lâcher de ballons multicolores, on prend un plaisir énorme et on recommence l’histoire depuis le début.

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Jour de pluie

22 pages, en bichromie, plis en accordéon, élastique
(éd. B.ü.L.b comix, collection 2[w], Genève, Suisse. 1999)

Quand il pleut, on a tendance à faire grise mine. Le protagoniste de Jour de pluie , lui, a le sourire aux lèvres, un paquet cadeau sous le bras. C’est que le bonhomme s’est acheté une poupée. On l’imagine gonflable, elle est plutôt une «dame de compagne». Il lui fait à manger, lui raconte des histoires après l’avoir bordée dans son lit, prend son bain avec elle. La vie pourrait continuer ainsi son long fleuve tranquille bien au chaud à l’abri de son appartement, sauf que parfois la réalité nous revient en pleine figure. A un moment il faut grandir, et là, la voix de la raison est une sorte de souteneur peluché venant récupérer son dû!

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And life goes on…

22 pages, en bichromie, plis en accordéon, élastique
(éd. B.ü.L.b comix, collection 2[w], Genève, Suisse. 1999)

Au détour d’un chemin, qui n’a pas rêvé de rencontrer sa douce moitié? Les aléas d’un petit homme qui découvre la vie en toute naïveté.

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Joseph

48 pages, noir et blanc ou bichromie selon les versions, reliure souple, dos carré
(1re version française, éd. B.ü.L.b comix, collection 40[w], Genève, Suisse. 1999)
(2e version française en bichromie, éd. La Pastèque, Montréal, Canada. 2006)
(1re version anglaise, Drawn&Quarterly, Montréal, Canada. 2007)
(1re version polonaise, Ladida, Varsovie, Pologne. 2008)

Joseph, B.ü.L.b comixJoseph, La Pastèque
Jozek, Ladida

Il a des grandes mains, Joseph, et un t-shirt rayé qui font penser à une célèbre photo noir/blanc de Picasso. Mais il est encore tout petit, Joseph, et il a des mouvements qu’on va dire «brusques». Coincé entre deux mondes, celui des rêves et cet autre, angoissant, trop grand, du réel, il oscille, cherchant sa place, ne sachant trop sur quel pied danser. Il a des défauts qu’il ne voit pas encore comme des avantages, parce que sinon la vie serait trop facile. Tout le monde parle de lui, derrière lui, des canards en plastique improvisent une séance de psy au cours de leur baignade en baignoire, comme si le petit Joseph était un cas à résoudre, une case à cocher dans un questionnaire à choix multiple.
Même s’il est plus habile de ses mains que de ses pieds (et ici, l’expression «jouer comme ses pieds » trouve tout son sens, encore que l’histoire ne dit pas si un jour il a essayé de faire le gardien de but), ses paluches XXL sont comme des excroissances qu’il doit apprendre à gérer. Elles servent à gesticuler, il leur trouvera une sublime fonction de créatrices d’ombres chinoises (une activité trop souvent oubliée dans la relation parents-enfants), il voudra les cacher quand il ne s’agira pas de symboliquement se les trancher. Car «Joseph» a été écrit avant les impressionnants progrès de la chirurgie esthétique qui lui aurait peut-être permis de fantasmer sur une nouvelle paire de minines greffées par les omniprésents docteurs Troy et McNamara de la série Nip/Tuck. La conclusion est plus sommaire, genre il faut faire avec ce qu’on a, rien ne sert de se cacher, il faut s’assumer. Nicolas Robel a choisi de dessiner. Une activité définitivement plus facile à assumer à deux mains.
Si on peux le dire d’une bande dessinée, on dira de «Joseph» qu’elle est celle de la maturité, la plus autobio de toutes ses histoires autobio, celle où apparaît en filigranes le personnage de sa mère à qui ce livre est dédié. C’est un livre de félûres et de doutes, d’enfance perdue et d’adolescence solitaire, où l’univers ainsi créé avec les peluches de son entourage est celui d’un théâtre où se déroulent les petits et grands drames de la vie.

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[k]

12 pages, noir et blanc, reliure piqué-pli
( éd. IGComics, Zurich, Suisse, 1998)

[K]

Une interprétation bien singulière et angoissante de « La métamorphose » de Kafka.

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Non

22 pages, en bichromie, plis en accordéon, élastique
(éd. B.ü.L.b comix, collection 2[w], Genève, Suisse. 1997)

«Non», c’est deux histoires de drague à la plage, recto l’homme feint l’indifférence, verso il se prend un rateau monumental. On est dans la droite lignée de l’album «Des petites femmes plein la tête», pour un résultat beaucoup plus miteux. Là où il y avait un catalogue d’émotion dans Les petites femmes, on est ici dans l’échec des rapports humains. Deux situations qui résument la difficulté d’approcher l’autre et qui, vécu ou pas par l’auteur, touche immanquablement chacun d’entre nous.

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Des petites femmes plein la tête

32 pages, sérigraphie en 2 couleurs, reliure cousu main au fil rouge, 126 exemplaires
(éd. B.ü.L.b comix, collection 25[w], Genève, Suisse, 1997)

Premier livre de Nicolas Robel, dessiné en 1997, «Des petites plein la tête» est aussi celui qu’on peut voir comme son plus personnel... difficile à imaginer quand on sait que quasi l’entier de sa production permet de le transpercer de part en part, d’ausculter un garçon obligé de grandir trop vite et qui, dès que l’occasion s’en fait sentir, replonge avec bonheur dans les sous-sols de l’enfance. Mais ce petit opus, imprimé en sérico à 126 exemplaires et relié d’un simple fil rouge – un petit bijou-, le montre sous un jour qu’on lui connaît peu. Déjà, il parle des femmes, un fait rare, de femmes en tout cas, certaines qu’il a certainement croisées, d’autres peut-être fantasmée, peut-être ratées, un bestiaire personnel tout en pudeur.
Les quinze qui y sont évoquées sont anonymes, juste face-à-facées avec des définitions du Robert. Verbe (minauder), noms communs (rêverie, mimique, ennui, équilibre...), adjectifs (timide, fier, content), il dresse un inventaire d’états d’âmes, on imagine les multiples méandres du cerveau féminin, et lui croque ces femmes avec une curiosité tendre. Elles n’y sont jamais vampasses, mantes religieuses, bimbos écervelées, juste naturelles. Sans jugement ni envies particulières. On a tous des petites femmes plein la tête, nous fait-il comprendre. Même qu’on devrait tous les croquer chacun à sa manière, parce que «la femme est le propre de l’homme» (et pas seulement parce qu’elle lui fait sa lessive). Une bonne manière d’avancer dans sa vie d’homme, même s’il se cache derrière de nombreux masques, car la quasi totalité des définitions est un bon moyen de le débusquer.

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Histoires courtes (short stories)

Here comes the summer (2006) / Supertranspabrulée (2005) / Flocons de nuage (2005) /
I woke up in Jar… (2003) / Magic (2002) / La ville (2002) / L'eau n'a pas d'odeur (2002) / Undying (2002) / Bleeding tree (2001) / Les 6 travaux de Nathan (2001) / Une vie de moins (2000) / Citizen Kane (2000) / Petrol (2000) / Fleisch vision (2000) / Amy, Rebecca… (2000) / Laundry (1997)

Here comes the summer

10 pages, au crayon gris
(paru en allemand, Strapazin “Kindheit”, éd. Moderne, Zurich, Suisse, 2006)

Cette histoire de 10 pages entièrement improvisée au crayon gris, se base sur le souvenir d'escapades en skateboard au milieu de année 80.

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Super transpa-brûlée

4 pages, encre de Chine sur papier et couleurs numériques
(paru en français, “Pax”, Jeune Chambre Ecomomique, Genève, Suisse, 2005)

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Flocons de nuages

10 pages improvisées, au styos à bille sur papier
(paru en français, in “L'Appareil”, éd. La Pastèque, Montréal, Canada, 2006)

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I woke up in a jar…

5 pages improvisées, noir et blanc, encre de Chine sur papier
(paru en anglais, in Typewriter n° 8, Typewriter, Zurich, Suisse, 2003)

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Magic

6 pages improvisées, noir et blanc, encre de Chine sur papier
(paru en anglais, in QueSuerte “Magico”, QueSuerte, Madrid, Espagne, 2002)

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La ville

4 pages sur le thème de la ville, 4 couleurs en sérigraphie, encre de Chine sur papier
(paru en français, in Drozophile n° 6, éd. Drozophile, Genève, Suisse, 2002)
(paru en français en bichromie, in Spoutnik n°4, éd. La Pastèque, Montréal, Canada, 2002)

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L'eau n'a pas d'odeur

un triptique sur le thème de l'eau, 3 couleurs en sérigraphie, encre de Chine sur papier
(paru en français, in Drozophile “Habitat santé”, éd. Drozophile, Genève, Suisse, 2002)

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Undying

2 pages improvisées, noir et blanc, encre de Chine sur papier
(paru en anglais, in catalogue d'exposition “Spiderman and he search of the picturesque”,
Comix for the people et Galerie Forde, Genève, Suisse, 2002)

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Bleeding tree

8 pages, en bichromie, encre de Chine sur papier et couleurs numériques
(paru en anglais, in Drawn&Quarterly n° 4, éd. Drawn&Quarterly, Montréal, Canada, 2001)
(paru en français, in Bile Noire n°10, éd. Atrabile, Genève, Suisse, 2001)

Bile Noire 10

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Les 6 travaux de Nathan

livre en origami de 6 pages une fois plié
(paru en français, in Drozorigami,
éd. B.ü.L.b comix, Drozophile et mudac, Genève et Lausanne, Suisse, 2001)

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une vie de moins

12 pages improvisées, noir et blanc, encre de Chine sur papier
(paru en français, in “Quatre heure du mat' que j'te latte, mec”,
éd. MeMySelf, Genève, Suisse, 2000)

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Petrol

4 pages improvisées, noir et blanc, encre de Chine sur papier
(paru en anglais, in QueSuerte “Petreleo, Gaz, Oil”, QueSuerte, Madrid, Espagne, 2000)

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Citizen Kane

6 pages non publiées, noir et blanc, encre de Chine sur papier
(non publié, 2000)

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Fleisch vision

4 pages improvisées, noir et blanc, encre de Chine sur papier
(paru en anglais, in QueSuerte “Carne, Viande, Flesh”, QueSuerte, Madrid, Espagne, 2000)

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Amy? Rebecca? Alice? Kareen?

6 pages, encre de Chine sur papier
(paru en allemand, in Strapazin 60“Genf”, éd. Moderne, Zurich, Suisse, 2000)
(paru en français, in Bile Noire n°9, éd. Atrabile, Genève, Suisse, 2000)
(paru en anglais, in ”TopShelf ask the big questions”, éd. TopShelf, Etats-Unis, 2000)
(paru en finnois, in Laikku 01, Helsinki, Finlande, 2001)


Bile Noire 9
TopShelflaikku

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Laundry

4 pages, en noir et blanc à l'encre de Chine
(parues en français, éd. Atrabile, in Bile Noire n° 1, Genève, Suisse, 1997)

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